Un lorrain à l'honneur en Vendée

par pikkendorff  -  24 Janvier 2016, 17:52

Au mois de février deux cérémonies honoreront la mémoire d'un lorrain né à Bathelémont-lès-Bauzémont, aux portes des Vosges : Jean-Nicolas Stofflet; général de l'Armée Catholique et Royale. A l'occasion du 220ème anniveraire de sa mort - il fut fusillé le 25 février 1796 par les troupes de la république à Angers - Le Souvenir Vendéen organise une journée de commémoration sur les lieux même de sa capture à La Poitevinière. Cette association tiendra à cette occasionégalement son assemblée générale annuelle

 

 

 

 Le 28 février c'est l'association Vendée Militaire qu organisera une "Journée Vendéenne" à Nuaillé. C'est dans cette commune que dans un combat auquel participait également Stofflet, Henri de La Rochejacquelein trouva la mort.

Cette journée est entièrement dédiée à Jean-Nicolas Stofflet.

 

Il me semble utile de rappeler qui était Jean-Nicolas Stofflet car il semble assez peu connu des lorrains

 

Pour cela, je reproduis ci dessous un etrait de l'excellente communication de Monsieur Jean-Marie Rouillard, membre honoraire de l'Académie natonale de Metz : Gens de l'est dans les guerres de l'ouest

 

 

LES « VENDÉENS » D E L'EST

 

 

oLrsque les nobles sont partis en émigration, les paysans se contentent de leur gardes-chasse et parmi ceux-ci, au tout premier plan des « Géants », le Lorrain Stofflet. Nous nous arrêterons d'abord sur ce destin hors série* :

« Homme du peuple, venu d'Alsace en terre vendéenne » comme l'écrit un panégyriste du Souvenir Vendéen, Nicolas Stofflet est né en réalité en Lorraine, le 3 février 1753 , sous le règne débonnaire du roi Stanislas, à Bathelémont-lès-Bauzémont, tout petit village entre Luné ville et Vic-sur-Seille. Son père y était menuisier et assurait également les fonctions de maître d'école. L'essentiel de sa foi religieuse lui fut communiqué par sa mère Barbe Mézier, âme pieuse, forte et simple, comme on en rencontre de nombreuses dans la campagne lorraine et comme l'était certainement aussi, près de là, à Gondrexange, Catherine Gadel, mère de soeur Odile Baumgarten, la martyre d'Angers. Après avoir servi 17 ans dans Lorraine Infanterie, Stofflet fut racheté par le comte Colbert de Maulévrier, alors en garnison à Lunéville. Stofflet lui aurait sauvé la vie ainsi qu'à sa fille au cours d'une chasse au sanglier ; mais il est possible aussi que le comte de * Je remercie vivement M. Julien Stofflet pour toutes les précisions qu'il m'a fournies sur l'histoire de son

illustre parent. Et non en 1751, comme l'accréditent à tort le Larousse et de nombreux auteurs.

 

Maulévrier ait fait la connaissance de Stofflet, grâce à la soeur de celui-ci, « belle et vertueuse personne » qui s'occupait des enfants Colbert (Edmond Stofflet). Alors que Stofflet était garde des bois dont jouissaient les officiers du corps de la gendarmerie de Lunéville, il avait connu et accompagné à la chasse le Marquis de la Rochejaquelein, père du généralissime vendéen, dont il devait recueillir ultérieurement la succession. Signalons en passant que les Messins ont oublié que le comte Colbert de Maulévrier, pendant son ambassade dans l'Electorat de Cologne, s'était acquis

leur reconnaissance en 1789, en assurant le ravitaillement de la ville. Le Comité municipal de Metz lui avait écrit le 11 novembre 1789 une longue lettre de remerciements dont nous extrayons ce court passage : ... « Vous avez été Monsieur, le bienfaiteur signalé de cette ville, Metz vous voue une reconnaissance tant de ce que vous avez fait, que de ce que vous voudrez faire pour elle... ».

 

Mais en 1787, c'est en Anjou que Stofflet est garde des bois et commis facteur du comte de Maulévrier ; sa qualité d'étranger au pays et ses fonctions de garde-chasse ne l'ont pas empêché de prendre un grand empire sur les paysans, tous cependant, peu ou prou, braconniers. Le 13 mars 1794, les conscrits d'Yzernay qui ont refusé « d'aller tirer à la milice » et qui ont rossé les cavaliers républicains envoyés pour rétablir l'ordre, viennent chercher Stofflet dans la forêt de Maulévrier où il s'était réfugié à la suite des premiers excès révolutionnaires et où, attendant les événements, il occupait son temps à fabriquer des munitions. Avec eux se trouvait le bisaïeul de René Bazin, régisseur du comte de Colbert et futur lieutenant du garde-chasse . Les gars d'Yzernay, réuni avec ceux de Maulévrier vont devenir les futurs grenadiers de Stofflet. Ils prennent le château de Vezins, ce qui leur amène des renforts considérables en particulier, les hommes rameutés autour de Tonnelet, autre garde-chasse de Colbert de Maulévrier. Réunis aux insurgés de S.-Florent, conduits par Cathelineau, le futur généralissime, ils prennent le nom d'armée catholique (et non encore Royale) et, par acclamation, élisent comme premier général de l'insurrection de l'Ouest, le Lorrain Stofflet. De La Gorce décrit ainsi la rencontre entre les gens de Cathelineau et ceux de Stofflet : « Comme après avoir longé le coteau des Gardes on cheminait entre Trémentines et Nuaillé, on fut rejoint par des gens d'aspect assez martial, pieux aussi, mais avec un peu plus de fusils et un peu moins de chapelets. Ils venaient de Maulévrier, d'Yzernay, de Vezins, de Latour-Landry, paroisses perdues dans les bois et aux moeurs un peu plus rudes que celles du reste des Mauges... Du milieu de ces hommes, le chef se détachait avec un relief singulier, on l'appelait Stofflet... On le disait dur, brutal jusqu'à la violence ; en revanche, il était vigoureux, endurant la fatigue, d'une habileté prodigieuse à manier les armes et les chevaux, terrible, mais avec des accès de bonhomie et pour les braconniers qui le craignaient fort, il avait par intervalles des tolérances habiles qui surprenaient et qui charmaient. En lui se réunissait ce qui subjugue : la force, l'adresse, l'aplomb et tout ce monde inculte et rude qu'il entraînait à sa suite, lui trouvait un grand air de commandement « .

 

 

 

 

Et c'est maintenant une armée de 12 à 15 000 hommes, sous les ordres de Stofflet, qui, au son des cantiques, marche sur Cholet, défendue contre l'attaque de ces roturiers par le marquis de Beauvau. Après la défaite et la mort de celui-ci, la capitulation de Cholet entraîne le soulèvement général du bocage. Ainsi dès le début des hostilités un destin tragiquement malicieux avait opposé, en Vendée angevine, l'aristocrate bleu de la grande maison lorraine des Beauvau-Craon au Lorrain plébéien et royaliste. Nous glisserons sur les détails de la carrière de Stofflet, qui selon lui, aurait assisté à cent cinquante combats (comtesse de La Bouëre). Il joua un rôle décisif à Doué, à Châtillon, à Cholet, à Baupréau et à la prise de Laval. Mais il échoua à l'assaut impétueux de Grandville. Dans plusieurs grandes victoires vendéennes, il se heurte à ses compatriotes : A Montgaillard, il met en fuite Westermann ; à Entrammes, il enlève par une charge de cavalerie, les canons de Kléber, les retourne contre les Mayençais ; les royalistes balayent devant eux l'armée de Mayence avec Merlin de Thionville et les soldats du général Joba, (celui-ci, fils d'un aubergiste de Corny, ancien officier autrichien comme son chef, avait été l'organisateur de la Garde nationale de la Moselle). Cuisinier, né à Fontenay près de Bruyères, commandant le 8e bataillon des Vosges, reste sur le terrain et Kléber désespéré, voit « pour la première fois, fuir les soldats de Mayence ».

 

A Antrain, considérée par Chateaubriand comme la plus grande bataille qui se soit livrée entre Français, Stofflet se heurte aux généraux Muller le Mosellan, et à l'Alsacien Amey, le brûleur des femmes des Epesses futur baron d'Empire et chevalier de S.-Louis. Mais c'est aussi un Lorrain, Humbert, qui bat Stofflet à Cholet et qui à la suite de ce fait d'armes est nommé général de brigade sur le champ de bataille. Déjà le 16 octobre 1793 près de là, au combat du château de la Tremblaye,

le chef de bataillon Joseph Plumerel, avait trouvé la mort dans un engagement avec Stofflet, engagement préludant à la grande bataille de Cholet du 17 octobre. Plumerel, vétéran de Valmy et de Jemmapes, chef de bataillon du 7e , était né le 2 janvier 1754 dans les Vosges à Morvilliers, devenue depuis, Liffol-le-Grand . Le dimanche 22 mars 1795, le grenadier Ritter et sa compagnie détachée du 8e bataillon du Bas-Rhin sont engagés contre Stofflet qui attaque Saint-Florent-le-Vieil : « lorsqu'il fut 3 heures de l'après-midi, nous n'aperçûmes de loin, plus rien que des hommes, des pioches et des drapeaux blancs... Quand ils furent là, on commença à crier « Vive la République » depuis l'aile droite jusqu'à l'aile gauche et notre général fit en même temps battre la charge, et nous nous jetâmes sur eux comme des sauvages, nous leur enlevâment leurs canons et nous poursuivîmes jusqu'à deux lieues de là, leur général qui se nomme Stofflet, perdit son manteau rouge écarlate, il fut trouvé par un de nos chasseurs qui le  vendit à notre général pour 500 livres »

 

Stofflet, premier général Vendéen, deviendra Major général de la Grande Armée et sera le dernier général en chef de l'armée des Rebelles de la Vendée, ainsi que le proclame l'affiche de son jugement qui se trouve au Musée de Nancy.

Pour ses compatriotes, Stofflet paraît un géant avec ses cinq pieds et cinq pouces, c'est-à-dire un peu plus de 1 m 75 ; son signalement militaire* qui est vraisemblablement le plus fidèle, s'écarte notablement de celui que donneront ultérieurement ses fidèles, en particulier, Landrin, qui parle de son physique sec de ses cheveux noirs et de ses « chambes » un peu bancales . Ses soldats qui le redoutaient, tout en le respectant, l'avaient baptisé : Soufflet, Sifflet ou le Sabreur, mais ils ne consentaient à avancer que si M. Stofflet était en avant, payant de sa personne. Son coup d'oeil, ses connaissances militaires, la discipline sévère qu'il imposait à ses gens, en firent un des meilleurs capitaines de l'armée vendéenne. Crétineau-Joly le définit ainsi : « A côté de tous ces noms, la gloire et le patrimoinede la Vendée, on distinguait déjà un homme grand et robuste, au teint brun, aux yeux et aux cheveux noirs, à l'air dur, à la parole ardente, sous un accent lorrain. Cet homme s'était élevé bien haut dans l'estime de ses compagnons d'armes, par une activité, par une intelligence, une appréciation des événements au-dessus de son éducation, c'était Nicolas Stofflet, garde-chasse du château de Maulévrier ; Stofflet qui de son humble bandoulière aux armes de Colbert, a su se faire une écharpe de commandement. Dès que les paysans l'eurent vu au feu, ils prirent confiance en cet homme endurci aux fatigues, si propre au commandement et d'une franchise qui souvent allait jusqu'à la rudesse. Lorsqu'on marchait au combat, ils demandaient : « Monsieur Stofflet est-il en avant ? » Quand la réponse était affirmative, plus sûrs même de leur courage, ils s'élançaient

sans crainte ». Stofflet allait à la bataille avec panache et au cri de « l'entends-tu Marie-Jeanne », il faisait joyeusement décharger sur les bleus, avec sans doute plus de bruit que de mal, la fameuse Marie-Jeanne, pièce de 12 en bronze aux armes de Richelieu, mascotte des vendéens, prise et reprise dans les batailles. Mais il ne supportait pas de se faire traiter de citoyen, et lors de la prise de Fontenay, l'enfant Grimonard, âgé de 7 ans, se fit rudement tirer les oreilles pour n'avoir

pas su assez rapidement s'adapter à l'évolution politique

L'iconographie historique concernant Stofflet est rare, surtout en Lorraine, mais nous pouvons nous le figurer d'après la statue de la salle de la Révolution du musée de Nancy (146), fidèle copie de celle de la Chapelle du bois d'Izernay ; il y est représenté dans son uniforme de garde-chasse avec le grand bicorne qui est conservé au musée de S.-Florent-le-Vieil ; il a gardé en brassard sa plaque de garde-forestier aux armes de Colbert qu'il continuait à porter en hommage à ses anciens maîtres auprès desquels après la paix, il n'aspirait qu'à reprendre ses fonctions de garde-chasse à Maulévrier

 

 

* Archives du Service Historique de l'Armée de terre - Vincennes (SNH. - Contrôles des Régiments de Lorraine. 1 YC, 517, 520).