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20 Apr

Notes de lecture : Une extraordinaire histoire d'amour...

Publié par pikkendorff  - Catégories :  #Politique-Société, #Histoire-Culture, #LIVRES, #Actualité, #NOTES DE LECTURE, #Bibliothèque

Il y a quelques temps, on m'avait offert ce livre dont je vais parler. Ma première réaction était empreinte de déception : les mémoires de gens du spectacle ne m'ont jamais semblé relever de la grande littérature ni présenter un intérêt intellectuel bien évident...

Pourtant, comme j'aimais bien ce que faisait l'auteur, je me suis contraint à le lire.

Quelle ne fût pas ma surprise de trouver, loin de l'autosatisfaction si caractéristique du genre, loin des ragots de coulisses, loin des potins d'alcove, une formidable histoire d'amour !

De la belle, objet de cet amour absolu, on ne parle presque jamais. Pourtant, à l'instar de l'Arlésienne, elle est présente à chacune des pages. Il est évident qu'elle sous-tend le livre entier et qu'elle est la raison d'être de l'auteur.

Mais il me semble que je ne vous ai pas donné le titre du livre, ni même son auteur...

 

Le livre, c'est « Comédiefrançaise - Ça a débuté comme ça » et l'auteur en est Fabrice Luchini (*).

Et la belle, objet de tant d'amour me demanderez vous ?

Inutile de chercher, ni parmi les actrices, ni parmi les femmes du monde car le grand amour de Fabrice Luchini, celui auquel il est resté indéfectiblement fidèle, c'est la langue française. C'est cet amour qu'il crie tout au long de ce livre à travers les différentes péripétie de sa vie.

Il l'aime sous toutes ses formes : quand elle est parée de ses plus beaux atours avec la noblesse de la langue du grand siècle mais aussi quand elle est roturière dans le parler populaires des faubourgs, tout comme aussi, dans le langage de Louis-Ferdinand Céline.

Je crois qu'il a cette faculté, (maintenant malheureusement de plus en plus rare à cause de la démission de l'Education Nationale dans l'apprentissage du français), de parler, lire et même penser « avec les oreilles ». Entendez par là que c'est la musique des mots qui porte pour lui la langue française. Et ce n'est pas sans m'évoquer le titre d'un recueil de poème de Charles Maurras, « La musique intérieure » écrit alors qu'il était devenu sourd à l'age de treize ans.

Mais derrière cette ode à la langue française, on trouve dans ce livre le destin peu commun d'un jeune garçon coiffeur, issu d'un milieu populaire, qui devient un acteur renommé et surtout qui oriente sa carrière vers la célébration des poètes et des écrivains, en commençant par Céline, ce qui était courageux à une époque où « l'intelligentsia » autoproclamée (je ne précise pas de gauche pour éviter un pléonasme...) avait jeté son anathème sur les écrivains maudits et les avait mis à l'index : Céline, Brasillach, les hussards et bien d'autres encore...

L'évocation de ces souvenirs est faite avec beaucoup de discrétion et même souvent avec autodérision.

 

Lorsque j'ai lu ce livre, je préparais un thème à aborder dans le cadre des Vosges royales : la défense de la langue française, sujet éminemment important car il y a là une des conditions de la défense de notre pays. Du reste Frédéric Mistral le disait bien il y a maintenant plus d'un siècle :

 

Car, de mourre-bourdoun qu’un pople toumbe esclau,
Se tèn sa lengo, tèn la clau
Que di cadeno lou deliéuro.


Car face contre terre, qu’un peuple tombe esclave,
S’il tient sa langue, il tient la clef
Qui le délivre des chaînes.


(Lis Isclo d’Or – Les îles d’Or)

Si la leçon valait pour le provençal, elle vaut tout autant pour la langue française, à l'heure ou les agressions qu'elle subit sont multiples (anglicisme, glissements sémantiques, altérations diverses...).

Je cherchais alors des intervenants possibles : linguistes, grammairiens, sémanticiens, philologues ? Non, toutes ces spécialités sont bien « techniques » et n'emporteront pas d'emblée l'enthousiasme...

Il m'est apparu alors que c'est Fabrice Luchini qui serait à même d'inaugurer ce cycle de conférences... Il saurait parler au cœur et ouvrirait la porte à ceux qui parleraient de la raison...

Mais le projet n'est pas abandonné. Peut-être prendrai-je le courage de faire ma demande... Et s'il acceptait et que ce soit matériellement possible,

 

CE SERAIT ENORME !

 

 

*

(*) Comédie française - Ça a débuté comme ça
de Fabrice Luchini
Broché - Editions Flammarion

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