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10 Nov

LE PRESIDENT ET L'ARMEE - UNE RELATION PARADOXALE

Publié par pikkendorff  - Catégories :  #Actualité, #Armée, #Politique-Société

Le président de la République est, de par l'article 15 de la Constitution, est le chef des Armées.

L'Armée française, quant à elle, est disciplinée et fidèle. Sans doute ce corps de l'état est-il même le plus fidèle, malgré un statut particulièrement contraignant dérogeant aux avantages liés à la fonction publique : interdiction des syndicats - interdiction du droit de gréve entre autres. Du reste, jamais il n'y a eu de mouvement de grève, de mutinerie alors même que les soldes et primes diverses  ne sont pas régulièrement assurées. En effet, un logiciel unique de paiement des soldes, créé en 1996 et mis progressivement en place depuis 2001, occasionne de nombreux dysfonctionnement ayant pour conséquences des paiements - ou absence de paiement anarchiques. Seize ans après, il n'a encore pas atteint un niveau de fiabilité. Imaginez qu'une telle aventure advienne aux fonctionnaires de l’Éducation Nationale, ou à ceux de Bercy ! Le gouvernement aurait depuis belle lurette à faire face à des grèves, des manifestations, voire à des émeutes...

De plus, on demande à l'Armée un service autrement plus contraignant qu'à n'importe quelle autre administration : risquer sa vie pour la France, partir en mission longue durée aux quatre coins du monde, vivre dans des conditions précaires en opération, sans compter les plans vigipirate ou sentinelle qui absorbent l'essentiel du temps des militaires non en OPEX au détriment de l'entrainement, c'est à dire de l’efficacité mais aussi de la sécurité quand ces troupes repartiront au combat.

Enfin, budget et effectifs, notoirement insuffisants font l'objet de coupes drastiques régulières depuis des années.

Pourtant, l'Armée poursuit sa mission, ne se révolte pas, ne manifeste pas...

On pourrait donc penser  que le chef des Armées pourrait avoir une attitude de respect, voire même de gratitude pour de tels serviteurs.

Bien sûr, en tant que chef - c'est un mot qui chatouille agréablement son ego - il est libre de nommer, déplacer, voire sanctionner ses subordonnés. Mais tout est dans l'art et la manière.

Et il ne faut pas oublier que pour le soldat, le chef militaire est un symbole qui ne peut impunément être bafoué.

Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher ici trois évènements survenus depuis le mois de juillet.

Tout d'abord l'affaire du Général de Villiers que nous avons évoqué hier.

Voici un Général qui occupait la plus haute fonction dans les Armées françaises

qui a été publiquement humilié pour n'avoir fait que son devoir en exposant, à huis clos, à une commission de parlementaires les difficulté rencontrées pour l'accomplissement des missions de guerre (décidées par le pouvoir politique).

En effet, le règlement de discipline générale des armées de 2005 dit en son article 7 alinéa 2 :

Devoirs et responsabilités du subordonné.
1. Le subordonné exécute loyalement les ordres qu'il reçoit. Il est responsable de leur exécution. En toutes occasions, il cherche à faire preuve d'initiative réfléchie et doit se pénétrer de l'esprit comme de la lettre des ordres.
2. Le subordonné a le devoir de rendre compte de l'exécution des ordres reçus.
Quand il constate qu'il est matériellement impossible d'exécuter un ordre, il en rend compte sans délai.

Par contre, nulle poursuite, nulle réprimande même pour le ou les auteurs des fuites. Certes, il s'agit de parlementaires, c'est à dire de politiciens...

Et même si une faute avait été relevée, la moindre des corrections, le moindre respect d'un brillant serviteur de la France à la carrière irréprochable, le moindre égard pour les soldats de tous grades qui se battent sur les différents fronts aurait ét de règler l'affaire dans son bureau.

On peut penser qu'il s'agit d'un coup de sang du président qui a cru comprendre que le général lui donnait une leçon... C'est grave de la part d'un homme qui détient le pouvoir de déclencher le feu nucléaire...

Après l'attitude irresponsable du Président de la République envers son chef d'état-major des armées, il y a eu la radiation administrative du corps des officiers généraux (2° section) du Général Piquemal en retraite depuis seize ans.

On se souvient des faits : Le général Piquemal avait participé à une manifestation contre la politique migratoire à Calais au mois de février. A soixante dix-sept ans il avait du reste fait l'objet d'une arrestation musclée compte tenu de sa dangerosité sans doute. On peut s'en étonner quand on voit la complaisance tant de la police que de la justice devant les exactions commises par les femen ou les antifas...

Poursuivi au pénal pour ces faits, il avait été relaxé et le parquet n'avait alors pas fait appel de cette décision. Mais c'était sans compter la justice  (?) administrative. Une procédure avait été lancée en mars (certes, avant l'élection de Monsieur Macron) qui a conduit à la décision de radiation du 23 aout dernier.

Un recours ayant été formé devant le Conseil d'Etat, il a été rejeté le 22 septembre dernier.

Voir le communiqué du Conseil d'Etat ci-dessous :

 

Ainsi,un général en retraite depuis seize ans ne peut-il pas participer à la vie politique de son pays ?

Certes, il reste à la disposition du ministère de la Défense mais c'est le sort de tous les réservistes et, nous n'avons pas connaissance d'une telle mesure envers ceux qui se sont engagés en politique.

Et si, tout simplement, c'était l'occasion de se "payer" un officier général - qui plus est, un ancien commandant de la Légion étrangère - en le destituant ? Quel sentiment de puissance !

Le troisième fait peut paraître plus anodin puisqu'il s'agit d'une question de protocole rapporté avec beaucoup de clarté par Hervé Chabaud sur son blog :

"L’amiral Bernard Rogel, 61 ans, chef de l’état-major particulier (CEMP) du président de la République Emmanuel Macron, a été rétrogradé dans la hiérarchie des collaborateurs de l’Elysée. La mesure était passée inaperçue sauf que l’information a été relayée en toute discrétion par d’éminents officiers généraux de la haute hiérarchie militaire. Le CEMP occupait jusqu’alors, selon le protocole, la deuxième, juste derrière le secrétaire général de l’Élysée. Le premier arrêté du président de la République, du dimanche 14 mai 2017 a reconduit l’amiral Bernard Rogel, ancien chef d’état-major de la marine dans les fonctions qu’il occupait comme CEMP auprès du précédent chef de l’État, François Hollande depuis le samedi 16 juillet 2016, date à laquelle il avait succédé au général d’armée Benoît Puga. Le général qui avait débuté sa carrière militaire au 1er GC à Reims avait alors été nommé grand chancelier de la Légion d’honneur, chancelier de l’ordre national du Mérite. Cette nomination par le Président Macron  reprenait le classement habituel des collaborateurs élyséens. En toute logique, l’amiral Rogel figurait à la deuxième place.

Dans l’arrêté relatif à la composition du cabinet du président de la République, paru le mardi 19 septembre 2017 au Journal officiel de la République, le CEMP recule d’un rang et se situe en troisième position. Il est précédé par le secrétaire général  de l’Élysée Alexis Kohler, ce qui est la règle, mais aussi par le directeur de cabinet, le préfet Patrick Strzoda, 65 ans, ce qui est bien une première. Dans l’organigramme des présidences antérieures, le poste de directeur de cabinet se trouvait en position hiérarchique inférieure. A titre d’exemple on peut rappeler que Sylvie Hubac se trouvait au sixième rang dans le premier cabinet de François Hollande et Emmanuelle Mignon figurait au huitième dans le premier cabinet de Nicolas Sarkozy. Les temps changent. Il est patent que  le Président est maître du placement de ses collaborateurs. Mais de là à faire régresser pour la première fois un militaire d’un si haut rang, interpelle et questionne la hiérarchie militaire.

Avec tout le personnel de l’état-major particulier, l’amiral Bernard Rogel est le seul haut fonctionnaire qui demeure en fonction quand le passage de témoin a lieu entre une président sortant et un président entrant. Il faut garantir alors de la continuité dans les prérogatives régaliennes du chef de l’État qui est aussi le chef des armées. La question de l’arme nucléaire et de son emploi, la conduite des opérations extérieure exigent cela. Lors de sa prise de fonction, c’est Bernard Rogel qui a présenté au nouveau président Emmanuel Macron notamment ce qu’on nomme les plans de frappes nucléaires et l’a renseigné sur d’importants dossiers en cours dont il lui faut être au courant de manière précise. Le CEMP a accès au Président en permanence et en direct et son rôle et son action s’inscrivent dans un cadre qui n’est pas partisan. Le chef de l’état-major particulier est un militaire compétent et exemplaire qui incarne selon la formule :  » la dévotion des militaires à l’autorité politique ».

Certes, l’Élysée a proclamé que "cela ne changeait rien". Mais alors, pourquoi avoir changé ?

 

Rapprochée des deux autres affaires on peut se demander s'il n'y a pas là une volonté de détruire l'image de l'Armée, de la marginaliser, de la réduire au rôle de chair à canons.

 

Mais pourquoi ?

Peut-être que Monsieur Macron n'aime pas les militaires ? c'est un snobisme fréquent dans le jeunesse intellectuelle de sa génération.

Auquel cas, la solution était bien simple : il ne fallait pas briguer le poste de chef des armées et s'abstenir de se présenter aux élections !

Peut-être aussi pense-t-il ainsi imiter Charles De Gaulle qui s'était fait une spécialité de s'en prendre à l'élite des officiers y compris le général le plus décoré de France (Général SALAN) et allant jusqu'à en faire fusiller (Lieutenant Roger Degueldre, Lieutenant-colonel Jean Bastien Thiry). 

Mais peut-être a-t-il peur tout simplement. Peur que les militaires finissent par ne plus accepter de voir la France bradée pour des dollars. Depuis cinquante ans et plus on s'efforce de tuer le patriotisme chez les français. Le dernier bastion reste chez les militaires et il peut craindre que ses objectifs pour la France soient tels que les vrais patriotes ne voudront plus le suivre.

Du reste, d'autres officiers généraux sont sur cette voie : Le Général Didier TAUZIN, le Général Antoine MARTINEZ, et d'autres encore.

 

Mais en multipliant les mesures vexatoires se rend il compte qu'il pousse l'Armée à réagir ? C'est un milieu qu'il connaît manifestement peu : Il ignore la solidarité qui naît de la vie militaire.

Il n'a sûrement pas lu Jean Lartéguy.  Il devrait pourtant méditer sur ce passage, mis en exergue du roman "Les centurions" :

 

Il ne devrait pas ignorer que les valeurs des militaires ne sont pas les mêmes que les siennes : : Saint-Cyr n'est pas l'ENA, un régiment n'est pas une direction des services fiscaux, La Légion n'est pas la banque Rothschild et la patrie n'est pas une simple carte des circonscriptions électorales.

 

Espérons que nous échapperons à la "colère des légions" !

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